Ancien comptoir commercial : Diannah Malary à la recherche de son passé glorieux

Ancien comptoir commercial : Diannah Malary à la recherche de son passé glorieux

Avec une population estimée à 5000 habitants, la commune de Diannah Malary (région de Sédhiou) fait face à beaucoup de maux tels que l’emploi des jeunes, la baisse de la production agricole et beaucoup d’autres manques dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Cet ancien comptoir des compagnies commerciales françaises tente ainsi de faire un apprentissage (difficile) en tant que commune.

Malamine KAMARA (Correspondant)

SÉDHIOU – C’est un voyage de rêve que l’on effectue de nos jours entre Sédhiou et la commune de Diannah Malary traversée dans toute sa partie longitudinale par la route qui mène à Kolda. Devant un modeste bâtiment, deux jeunes femmes Asp et un jeune homme très accueillant sont devant le portail de l’hôtel de ville de Diannah Malary. L’animation que l’on note tout autour renseigne que c’est jour de marché. Sourire aux lèvres, air décontracté, le Maire de la commune, Seyni Diallo, nous accueille. « Je suis à la tête de cette commune depuis 2014, les moyens nous manquent et pour en trouver, j’ai créé ce marché hebdomadaire lieu de convergence de nombreux marchands tous les mercredis. Assurément, la commune y trouve son compte ».

À quelques encablures du site où se tient le marché hebdomadaire trône une station-service à mettre à l’actif aussi de la commune. Mais ce que les jeunes et les femmes de la localité attendent impatiemment, c’est le démarrage des activités de la ferme agricole Anida (Agence nationale d’insertion et de développement agricole). « Ce sera pour bientôt puisque tout le matériel est en place », assure l’édile de la ville. Cette ferme permettra aux jeunes et aux femmes de développer diverses activités agricoles, notamment le maraîchage dont les produits seront vendus sur place le jour du marché hebdomadaire.

« Je crois que les jeunes vont tirer des avantages de cette ferme agricole puisqu’ils n’iront plus dans la zone des Niayes pour s’adonner à des activités agricoles ; ils les exerceront sur place. Des bras valides ne vont donc pas émigrer. Ce sera alors la fin ou presque de ce phénomène pour lequel notre pays cherche solution mais en vain pour le moment », estime Omar Sano, porte-parole du Conseil communal de la jeunesse de Diannah Malary.

Il pense qu’il est également temps que le projet démarre pour mettre fin au chômage qui est un véritable problème à Diannah Malary. « On a tendance à critiquer tous ces jeunes qui sont conducteurs de moto Jakarta, c’est parce qu’ils n’ont pas une autre activité. Avec la ferme Anida qui a une vocation agricole, ils vont trouver des activités diversifiées », ajoute Omar Sano, soulignant que l’exploitation de cette ferme sera aussi une aubaine pour les femmes qui sont déjà dans le maraîchage, une activité qu’elles maîtrisent bien.

Les rizières sont abandonnées

La conseillère municipale Mariama Diallo Guèye n’a aucune crainte pour l’arrivée de ce projet agricole. Même si elle se désole de la baisse actuelle de la production rizicole. « Dans tout le Pakao, y compris donc Diannah Malary, on vidait autrefois les greniers pour y mettre la nouvelle moisson de riz, mais aujourd’hui rien de tout cela. La salinité a rendu les vallées improductives, les rizières sont abandonnées par les femmes », dit-elle.

Dans les secteurs de la santé et de l’éducation, la commune fait certes des efforts, mais beaucoup de manquements sont constatés. Aujourd’hui, le poste de santé de Diannah Malary enregistre une quarantaine d’accouchements par mois. D’où l’invite des autorités à le transformer en centre de santé. Pour l’éducation, la commune compte un lycée et une école élémentaire ouverte en 1939. Mais à cause de la Deuxième Guerre mondiale, la première cohorte de l’école du village va attendre 5 ans avant d’aller en classe et l’homme politique Dembo Coly a été son premier directeur. « Toujours dans le cadre de l’éducation et de la formation professionnelle pour concrétiser la coopération décentralisée qui existe entre nous et des communes se trouvant dans les Pyrénées (France) et spécialisés dans le maraîchage, nous envoyons régulièrement des jeunes de Diannah Malary qui reviennent avec des diplômes d’ingénieurs », précise le maire, qui ajoute qu’une dame spécialisée dans l’apiculture appuie, en ce moment, elle-aussi la miellerie locale.

Incohérence territoriale

Diannah Malary est touchée par le phénomène d’incohérence territoriale. Et cela n’est pas sans conséquences avec les communes voisines. « Nos populations n’ont plus de terre à cultiver. Toutes celles qui entourent la commune sont considérées par les habitants de la commune voisine Diannah Bah comme leurs terres. Nous n’avons donc pas le droit d’y toucher, c’est pour cette raison que les jeunes émigrent vers la zone des Niayes », explique le Maire Seyni Diallo, ajoutant que de cette incohérence territoriale fait que la commune ne peut plus s’étendre. Seulement, pour éviter tout conflit avec la municipalité voisine, l’édile de Diannah Malary souhaite voir un nouveau décret fixant les limites des communes.

Nostalgie du passé

La création de la commune de Diannah Malary est profondément liée à la colonisation française. Selon plusieurs sources, ce sont des colons venus de Saint-Louis du Sénégal, accompagnés de Lybano-Syriens, qui l’ont créée en 1901 en y implantant des compagnies commerciales telles que Cfao, Maurel et Prom, Petersen, etc., exploitées par les Lybano-Syriens. Le village, qui est devenu aujourd’hui une commune nichée en plein cœur du Pakao, semble tourné le dos à ce passé glorieux caractérisé par un commerce florissant. « C’est ce commerce florissant que nous voulons reprendre à travers la création de ce marché hebdomadaire », fait savoir le maire.

Historiquement, au bord du fleuve Casamance se trouvait un caïlcédrat (jaloot en langue mandinka). Mais l’arbre était penché (malaaring). C’est à cet endroit que fut implantée la première maison commerciale et les populations pour s’y rendre disaient : « Ngha taa jaloot malaaringto » (Allons vers le caïlcédrat penché) ; ce qui a donné le nom de Diannah Malary. Quelques vestiges laissés par les compagnies commerciales sont encore visibles le plus souvent transformés en boutiques. « La localité restera ce grand comptoir commercial jusqu’aux années 1980 puis ce fut le déclin définitif », regrette le Maire Seyni Diallo.

SOURCE / SOLEIL

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