Dr Seydi Diamil Niane, chercheur à l’Ifan: «l’œuvre littéraire d’El Hadj Malick Sy est multidimensionnelle»

Chercheur au Laboratoire d’islamologie de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), Dr Seydi Diamil Niane analyse l’œuvre littéraire d’El Hadj Malick Sy dans cet entretien. L’auteur du livre « La voie d’intercession du Prophète dans la poésie d’El Hadji Malick Sy » en donne une lecture plurielle qui ne traduit que l’étendue des connaissances de cet érudit.

Entretien réalisé par Alassane Aliou Fèré MBAYE
Pourriez-vous nous faire la photographie de l’œuvre d’El Hadj Malick Sy ?

Beaucoup associent l’œuvre d’El Hadj Malick Sy à la « sira », à la biographie du Prophète Mouhamed, au « Khilaçu zahab ». Cette œuvre est l’une de ses productions les plus accomplies. Elle retrace la biographie du Prophète, de la lumière mouhamédienne à son enterrement. Il y fait même de l’anthropologie historique. Le « Khilaçu zahab » est, pour moi, un manuel de critique historique axé sur la biographie du Prophète. En réalité, à travers celle-ci, il nous explique comment on fait l’histoire, la méthodologie du récit historique. C’est pourquoi il ne faut pas réduire le « Khilaçu zahab » à une simple biographie du Prophète sur lequel il a beaucoup écrit par ailleurs. Il en a fait de même sur la Tijaaniya. On peut en citer « Fakihatu Tulâb » qui a été traduit par Rawane Mbaye. Cette œuvre s’intéresse à la doctrine et aux pratiques du Tidianisme. Il y a aussi son dernier livre écrit en prose, « Ifhâm al-munkir al-jânî » (Réduction au silence du négateur) essentiellement axé sur la Tijaaniya, sur son histoire, sa litanie, ses divergences. Bien qu’en prose, on y trouve quelques fragments de poésie comme avec « Kifâya ar-râghibîn ». Ce qui donne un peu plus d’originalité à son œuvre. Il a aussi fait l’éloge de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif ou d’illustres figures comme El Hadj Oumar Tall…

Le génie poétique d’El Hadj Malick Sy s’exprimait, quelquefois, spontanément. Quelqu’un vient lui rendre visite, il écrit un poème. Il veut parler à son épouse, il en produit. Par exemple, il a composé un magnifique poème pour parler de son épouse Rokhaya Ndiaye, la mère de Serigne Babacar Sy, en lui disant : « Jardin de mon cœur, prunelle de mes yeux, ô mon intime désir, place ta confiance au Seigneur qui a créé les montagnes… ». Parfois, ce sont des conseils qu’il donnait à ses cousins, aux disciples…

Son œuvre est immense, transversale, multidimensionnelle. Une bonne partie de son œuvre est purement didactique. Par exemple, il a écrit un manuel didactique d’apprentissage. Quelles sont les matières à apprendre ? Comment choisir le maître ? Comment se comporter avec ce dernier ?… Il y parle des vertus du débat contradictoire. Sa plume féconde a exploré l’héritage, une œuvre peu connue, la prosodie, le soufisme, le ramadan…

Il semble qu’il était un magnifique prosateur au-delà de son génie poétique…

Absolument. El Hadj Malick était un excellent prosateur. « Kifâya ar-râghibîn » (Ce qui suffit aux aspirants), une critique des pratiques que certains faisaient au nom du soufisme, de tout ce qui est contraire à l’orthodoxie sunnite, en témoigne largement. Il y critique toute conception hétérodoxe du soufisme. Il a dit dans un vers que tout ésotérisme non conforme à la charia est égarement. « Ifhâm al munkir al-jâni » (Réduction au silence du négateur), une réponse à ceux qui critiquent la Tijaaniya, est aussi un témoignage éloquent de ses talents de prosateur. Il ne s’agit ici que d’une photographique partielle qui ne saurait rendre compte de l’immense œuvre d’El Hadj Malick Sy.

Comment appréciez-vous son style d’écriture ?

Cela dépend du texte. Par exemple, dans « Khilaçu zahab », il y a beaucoup d’intertextualités. Pour les écrits didactiques, il donne les références contrairement aux panégyriques ou à l’éloge funèbre par exemple. Il a écrit des poèmes que n’importe quel arabisant peut comprendre sans grande difficulté. Toutefois, il y en a d’autres dont la compréhension n’est pas évidente même si on a un doctorat en langue arabe dans la plus grande université du monde. Non seulement c’est de l’arabe ancien, mais il y a beaucoup de jeux de mots. Une partie de sa poésie est accessible, surtout celle-là didactique, mais une autre, comme celle ayant trait à la métaphysique est, quelquefois, hermétique. Il faut en saisir le contexte et la relation mystique pour percer cette poésie.

En tant que chercheur, pensez-vous que l’œuvre intégrale de « Mawdo » est connue ?

Non ! Je crois qu’il y a une partie qui n’est pas connue. Je suis même sûr qu’il y a des choses qu’on a perdues, surtout ce qu’il a écrit de manière spontanée. C’est un peu la même chose avec beaucoup d’érudits. Même ce qui existe est peu connu. C’est pourquoi Tivaouane doit s’employer davantage à valoriser et à vulgariser l’œuvre de ses érudits parce qu’il y a de la matière.

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