En Inde, la traque des musulmans s’accélère

Students from various organisations display placards and shout slogans during a protest against an eviction drive by Assam's state government on September 23 of Muslim families in Assam, which turned violent with the killing of two men when hundreds clashed with police, in New Delhi on September 25, 2021. (Photo by Sajjad HUSSAIN / AFP)

En Assam, dans le nord du pays, les nationalistes hindous ont lancé une violente campagne d’expulsion des paysans sans terre, soupçonnés d’être des migrants illégaux venus du Bangladesh.

LETTRE DE NEW DELHI
Lors d’une manifestation contre une campagne d’expulsion de familles musulmanes par le gouvernement de l’Etat d’Assam, à New Delhi, le 25 septembre.
Lors d’une manifestation contre une campagne d’expulsion de familles musulmanes par le gouvernement de l’Etat d’Assam, à New Delhi, le 25 septembre. SAJJAD HUSSAIN / AFP
Les images sont épouvantables : un homme saute sur un corps gisant à terre, inerte. Il le piétine, le brutalise. La victime agonisante ou déjà morte est un musulman de 33 ans qui vient de recevoir une balle dans la poitrine et d’être roué de coups par la police. Les faits se sont déroulés le 23 septembre à Sipajhar dans le district de Darrang, dans l’Assam, un Etat du nord-est de l’Inde à la frontière du Bangladesh, lors d’une opération contre des « occupations illégales de terrain » qui a mal tourné. Un enfant de 12 ans a également été tué. La veille, les villageois avaient reçu un ordre d’expulsion et l’homme à terre avait tenté de défendre sa maison, armé d’un simple bâton. Deux jours auparavant, les policiers avaient déjà rasé des centaines d’habitations, laissant les familles sans abri, sans effets personnels et sans aucune alternative. Mille familles, près de 5 000 personnes, étaient visées.

L’homme qui s’est déchaîné contre la victime est un photographe engagé par l’administration pour filmer l’action de la police contre ces « empiètements », des terres appartenant à l’Etat que le gouvernement régional veut récupérer pour permettre à des populations autochtones de développer des projets agricoles. Les évacuations ont débuté il y a plusieurs mois et ont été maintenues lors de la deuxième vague de Covid-19, malgré une décision de justice. Elles visent des musulmans originaires du Bangladesh, des paysans qui se sont établis là, souvent depuis des décennies.

Cette scène abjecte est un concentré de la violence qui secoue l’Inde régulièrement et qui cible essentiellement les musulmans mais aussi les dalits, autrefois appelés « intouchables », les hommes et femmes les plus bas dans l’échelle sociale. Elle illustre aussi la politique antimusulmane en cours dans cet Etat. Le soir même, le chef de gouvernement de l’Assam, Himanta Biswa Sarma, a assuré que la campagne d’expulsion se poursuivrait. « La police a fait son devoir. D’après mes informations, les gens ont attaqué la police avec des machettes, des lances et d’autres choses », a-t-il déclaré, sans autre élément de preuve. Les villageois accusent la police de leur avoir tiré dessus.

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« Traités plus mal que des prisonniers de guerre »
Le gouvernement de l’Assam dirigé par le parti de Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party, (BJP) depuis 2016, mène, au nom de la défense des « autochtones », une véritable traque des « illégaux ». C’est dans cet Etat de 33 millions d’habitants – 61 % d’hindous et 34 % de musulmans – qu’a été mis en place, en 2019, le registre national citoyen qui vise à « éliminer » les immigrés qui ont fui le Bangladesh après l’indépendance de ce pays en 1971. Tous les habitants devaient prouver qu’ils étaient nés en Assam avant 1971, une tâche difficile car cette région est soumise chaque année à des inondations qui emportent tout. Deux millions de personnes sont menacées d’être déchues de leur nationalité et de devenir des apatrides, sans droits.

Par Sophie Landrin(New Delhi, correspondante)

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