[Maouloud 2021]: Portrait 2/6-Serigne Abass Sall: Âme inspirée

Serigne Abass Sall a très tôt mesuré la puissance du savoir dont l’écriture est une des courroies de transmission. Son génie, qui s’est exprimé en prose et en poésie, a fixé sa pensée dans la mémoire collective, loué le Seigneur et ses maîtres et ravivé la foi des fidèles.
« Humaniste universellement connu, créateur au génie fécond et intarissable, il nous a laissé une œuvre magistrale dont la profondeur, la richesse et l’originalité demeurent sans conteste l’une des contributions les plus éminentes, au Sénégal, au patrimoine de l’Universel, de l’homme noir ». Ces propos du regretté Professeur Iba Der Thiam tenus le 9 septembre 1994, préfaçant l’ouvrage de Doudou Kâ intitulé « Serigne Abass Sall : vie et œuvre d’une figure de proue de la Tijaniyya sénégalaise », sont une illustration de la dimension du chef religieux de Louga.

Né en 1909 à Nguick dans l’actuelle commune de Sakal (département de Louga), Serigne Abass Sall, de son vrai nom Abdallah ibn Abass, septième fils de son père Serigne Mayoro Sall connu pour sa maîtrise des sciences islamiques, était prédestiné à la belle écriture. Encadré dès sa tendre enfance par ses propres parents et initié à l’apprentissage du Coran par son père, le futur chef religieux de Louga a reçu de ce dernier une recommandation de taille avant sa mort en 1937, l’enjoignant de se rendre partout où il peut parfaire son éducation et sa connaissance islamique.

Fidèle au discours testamentaire de son père, Serigne Abass Sall, dès l’âge de 15 ans, se rend respectivement auprès de Serigne Aliou Dia, Serigne Oumar Diop, Serigne Alioune Samb et peu après chez Serigne Sandiéri Diop au village de Massar Diop situé non loin de Sakal où alors, très jeunes, Serigne Abass développe des aptitudes littéraires. Ces érudits de la Province du Njambour lui enseignent tour à tour la grammaire arabe, la rhétorique, la jurisprudence…

Précocité d’esprit

Le séjour de Serigne Abass Sall chez Massar Diop pour y apprendre la grammaire arabe, alors qu’il avait juste 15 ans, dévoile les talents du futur poète. Selon Mansour Gaye, petit-fils du défunt chef religieux, c’est durant la première nuit passée dans ce village que le jeune a émerveillé son maître. Serigne Abass, qui avait proposé de démarrer le livre de grammaire que son marabout devait lui enseigner par un chapitre du milieu, s’est heurté au refus de ce dernier qui ne comprenait rien de l’attitude de son élève. Mais, renseigne Mansour Serigne Gaye, « le lendemain matin, au réveil, son maître a été surpris par les vers composés par Serigne Abass alors qu’il n’avait pas encore entamé ses cours de grammaire avec lui ».

C’est dire que le futur marabout a développé très tôt un penchant pour l’écriture et des aptitudes à la production littéraire. Ce qui s’est confirmé au fil du temps car Serigne Abass Sall est devenu un virtuose du verbe. « La passion de Serigne Abass Sall résidait dans la lecture du Coran et la composition de poèmes. Il aimait écouter les lectures du Coran et affichait une joie indescriptible quand il entendait une personne réciter une sourate », confie son fils Serigne Mayoro Sall, par ailleurs imam de la mosquée construite à Louga par son illustre père.

C’est son maître Sandiéri Diop du village de Massar, soutient Serigne Mansour Gaye, qui lui fait parcourir toutes les localités où le jeune Abass devait rencontrer plus tard ses nouveaux maîtres pour apprendre les différentes disciplines susceptibles de l’aider à parfaire sa formation. Cependant, le génie de Serigne Abass Sall s’est très tôt exprimé. Car, informe Serigne Mayoro Sall, il s’est intéressé, à bas âge, à l’écriture, à la composition de poèmes orientés vers l’apprentissage et la pratique de la religion. Il était convaincu que par la puissance de la science et de la plume, il est possible de faire face aux agressions culturelles extérieures, d’où son obsession précoce à devenir homme de lettres.

Khalif Aboubacar WÉLÉ (Correspondant)

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Une œuvre poétique de 11 000 vers

C’est en 1938 que Serigne Abass Sall a composé son premier recueil de poèmes intitulé « Kifaayatoutallab fil haatialalilmiwaladabi » (Suffisante stimulation à la recherche du savoir et de la courtoisie). Ce recueil de 187 vers écrit en arabe et traduit en français en 1994 par son neveu, Cheikh Tidiane Gaye, et Cheikh Tidiane Fall montre la place que Serigne Abass accordait au Savoir.

Aux vers numéros 5 et 18, il s’exprime en ces termes : « L’ordre divin ne porte sur rien d’autre que sur le savoir, donc prends bien en considération cet impératif ». Il dit plus loin dans le même ouvrage : « Assurément, si on pouvait se passer de la recherche du savoir en matière de religion, les compagnons du Prophète en seraient dispensés ». Le savoir, comme boussole, c’est une bonne part de la philosophie et de la pensée de Serigne Abass Sall dont c’était l’arme pour combattre les « ennemis » et pour apporter de la lumière à nos actes.

Le chef religieux, qui a très tôt (15 ans) pris goût à l’écriture, a réalisé une production littéraire gigantesque. Dans un décompte de ses ouvrages qui ne prétend pas être exhaustif, Serigne Abass Sall a réalisé 63 poèmes de 2.777 vers consacrés au Prophète de l’Islam, 2.460 vers dans 58 textes poétiques dédiés à son maître spirituel Cheikh Ahmad Tidiane Chérif, fondateur de la Tijaniyya, 818 vers répartis dans 18 poèmes inscrits dans ses œuvres de « Tawassoulaate », des vers destinés à implorer Dieu, chanter les louanges et décliner les vertus du Prophète Muhammad.

Serigne Abass Sall s’est aussi intéressé, dans ses écrits, aux hommes de Dieu pour qui il a composé 22 poèmes de 677 vers pour chanter leurs vertus et leur mérite dans l’enseignement coranique, l’éducation religieuse et leur combat pour l’Islam. Il s’est répandu en éloges sur Cheikh Oumar FoutiyouTall, El Hadji Malick Sy, Serigne Hady Touré. Au total, 11.000 vers sont dénombrés dans le « Diwaan » (recueil) qui a été édité en Égypte en 1980 par les soins de son neveu, feu Cheikh Tidiane Gaye.

Kh. A. WÉLÉ (Correspondant)

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Ecrire pour raviver la foi

Serigne Abass avait le don de la belle écriture. Il était à l’aise aussi bien dans la poésie que dans la prose, en langue arabe et en wolof ; langue avec laquelle il a également réalisé une grande production. La langue utilisée (wolof et arabe) n’a pas déteint sur le contenu et l’orientation de ses enseignements. Le chef religieux a, dans ses œuvres et de son vivant, réussi à convaincre plus d’un que par la plume et le savoir, il est possible de raviver la foi, comme l’atteste le vers numéro 70 de son ouvrage « Kifaayat » où il défend que « l’agrément divin ne s’acquiert que par le truchement du savoir, malgré la farouche opposition d’un vil contestataire ».

La philosophie de Serigne Abass Sall fondée sur l’acquisition du savoir reposait particulièrement sur l’écriture qu’il a adoptée au bas âge et qui lui a permis de réaliser une production à la fois riche et diversifiée.

Kh. A. WÉLÉ (Correspondant)

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