[Reportage] Réouverture de la frontière Sénégalo-guinéenne: la joie retrouvée des usagers

La réouverture des frontières entre la Guinée et le Sénégal a fait naître une lueur d’espoir chez les usagers, notamment les commerçants et les populations riveraines.

Vélingara – Il y a peu, Ousmane Bâ, commerçant au marché de Mandat Douane, dans le Sud du pays, se languissait. La fermeture de la frontière entre le Sénégal et la Guinée actée par l’État guinéen avait plongé ce grossiste vélingarois dans le désespoir. À cause de la limitation des déplacements et de la libre circulation des personnes et des biens, il n’écoulait plus sa marchandise et accumulait des pertes énormes. Sa boutique installée en bordure de la route croule sous des produits variés. Mais aujourd’hui, la réouverture des frontières terrestres a fait naître une lueur d’espoir chez cet homme de teint clair et gringalet. « On rend grâce à Dieu. On a longtemps attendu cette décision de rouvrir la frontière. Le Sénégal et la Guinée sont un même peuple, indivisible. Nous vivons des échanges commerciaux entre les deux pays. Donc forcément s’il y a ce genre de problème, on le ressent profondément », soutient Ousmane. Cette mesure de réouverture de la frontière annoncée par les nouvelles autorités guinéennes, sous la conduite du Colonel Doumbouya qui a évincé le Président Alpha Condé du pouvoir le 5 septembre dernier, a pris effet avant-hier mercredi 29 septembre 2021.

L’effectivité de cette mesure phare des mutins (confirmée par la Police des frontières du Sénégal) a mis du baume au cœur des usagers. Mais elle a aussi et surtout (re)donné le sourire aux commerçants et populations riveraines. À Dialadiang et Paroumba, deux villages sénégalais nichés à la frontière sénégalo-guinéenne, les populations sont aux anges. Itou du côté guinéen. « On est très contents. Avec cette réouverture des frontières terrestres, les villageois vont reprendre leurs activités commerciales de plus belle. Il faut continuer à cultiver la paix entre nos deux nations. Cette décision va permettre aux gens de circuler librement surtout que nos deux peuples sont liés par le sang », lance Kéba Gnabaly, chef de village de Paroumba. Aliou Diallo, commerçant détaillant à Dialadiang, renchérit : « On ne souhaite plus que cela se reproduise. Nos populations vivent des échanges entre nos pays. Tout ce qui touche le Sénégal touche la Guinée et vice-versa. Donc, on invite les deux gouvernements à mettre en avant les intérêts de leurs administrés ».

Calvaire incommensurable

Avec la réouverture des frontières terrestres, les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Guinée vont reprendre progressivement pour, peut-être, atteindre leur vitesse de croisière. Parce que cette fermeture avait tout bloqué et la Covid-19 est venue accentuer la crise économique. Néanmoins, déjà, usagers et commerçants et autres ont repris la route et circulent librement, sans contraintes majeures.
« Louma » de Diaobé, célèbre marché hebdomadaire à dimension sous-régionale, crie sa joie, tout en espérant reprendre ses couleurs d’avant fermeture. Mamadou Baïlo Barry, délégué du marché de Diaobé, parle au nom des commerçants. « Tout notre business était bloqué à cause de la fermeture des frontières terrestres. On est restés des mois durant à vivre un calvaire incommensurable. La Guinée a tardé à prendre cette décision salutaire pour tout le monde. Mais mieux vaut tard que jamais ! On a très bien accueilli la nouvelle, on reste optimistes et on espère que la situation va s’améliorer. Mieux, les choses vont rentrer dans l’ordre », avance-t-il. Croisé à quelques encablures du fiévreux village de Missirah, en terre guinéenne, Baïlo Barry se réjouit de la nouvelle décision matérialisée par les mutins qui ont renversé le Président Condé. Le cœur en fête, le Sénégalais beau teint jubile en son for intérieur. « Je pars pour la Guinée afin d’acheter une moto. Avant, je n’osais pas mettre les pieds ici car il fallait jouer au plus malin avec les Forces de sécurité pour franchir la frontière. Et ce n’était pas évident, on pouvait être alpagués et mis au gnouf à tout moment. Mais maintenant, on voyage en toute quiétude et on peut aller acheter ou vendre sa marchandise à tout moment, sans la peur au ventre », lâche-t-il, entre deux souffles. « Avec cette ouverture des frontières, jure-t-il, les liens fraternels et amicaux entre Guinéens et Sénégalais vont encore se ressouder ». Plus forts !

Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

Les commerçants soulagés
Avec la réouverture des frontières entre le Sénégal et la Guinée, c’est le grand soulagement dans les marchés de Kolda.

KOLDA – Fermée le 26 septembre 2020 par le défunt régime d’Alpha Condé, la réouverture de la frontière entre le Sénégal et la Guinée est bien accueillie à Kolda. Les commerçants saluent la décision de la junte militaire au pouvoir à Conakry de rétablir la libre circulation des biens et des personnes entre les deux pays, conformément aux accords de la Cedeao. Ils attendent avec impatience l’arrivée, dans le courant de ce mois d’octobre, des premiers camions de produits agricoles guinéens pour doper leurs activités. « La libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays a été brusquement interrompue par l’ancien régime, au mépris des accords de la Cedeao. Nous sommes ravis de la décision prise par les nouvelles autorités guinéennes», déclare Ibrahima Diallo, commerçant domicilié à Kolda et établi au marché hebdomadaire de Diaobé.
Les vendeurs détaillants et autres « bana-bana » qui vivaient de la vente des produits guinéens ne cachent pas non plus leur joie après le changement de régime intervenu en Guinée. Ils se disent soulagés par la réouverture de la frontière. « Nous avons été pénalisés par la fermeture de la frontière entre les deux pays. Nous sommes très contents de l’annonce de sa réouverture. Nous n’avons pas encore commencé de recevoir les marchandises en provenance de la Guinée, mais je pense que cela ne tardera pas », déclare Ndèye Diarra, vendeuse des légumes au marché central de Kolda.
C’est aussi l’avis de Kadiatou Diallo, vendeuse des fruits et légumes au marché central de Kolda depuis plus de 40 ans. « C’est un grand soulagement pour nous. Le marché central sera plus facilement ravitaillé en produits guinéens qui sont très prisés par les Koldois. Mais, personnellement, je n’ai pas beaucoup souffert de cette fermeture parce que j’avais décidé de me tourner vers la Guinée-Bissau où j’achète certains produits comme la patate douce, le manioc, l’huile de palme et les oranges. Pour ce qui concerne le taro, j’ai décidé de le cultiver sur place », dit-elle.
Des centaines de commerçants, des petits revendeurs et autres « bana-bana » tirent une bonne partie de leur revenu de la vente des produits agricoles d’origine guinéenne. Ils ont énormément souffert de la fermeture de la frontière entre les deux pays. Certains ont bâti leur fortune où font vivre leur famille grâce au commerce des produits importés de la Guinée comme le riz, le fonio, le petit piment, le gingembre, le « taro », la patate douce, le café, mais aussi les fruits comme l’avocat, la mangue, l’orange, la papaye, la banane, etc.
@soleil

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