REVUE DE PRESSE AFRIQUE À la Une: l’Éthiopie en guerre

Un pays dont le président est Prix Nobel de la paix et qui se retrouve avec une guerre civile qui déborde sur les pays voisins : c’est tout le paradoxe et la complexité de la situation actuelle en Éthiopie.

En effet, constate Le Monde Afrique, « la situation ne cesse de s’envenimer. Les hostilités ont commencé le 4 novembre, quand le premier ministre, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée fédérale à l’assaut de la région dissidente du Tigré, après des mois de tensions croissantes avec les autorités régionales du TPLF, le Front de libération des peuples du Tigré, le parti qui dirige la région et qui a contrôlé durant près de trente ans l’appareil politique et sécuritaire en Éthiopie. »

Dernier rebondissement en date, poursuit Le Monde Afrique, « la capitale de l’Érythrée voisine, Asmara, a été touchée samedi par des roquettes tirées depuis le Tigré. Le président de la région a revendiqué l’attaque hier. « Les forces éthiopiennes utilisent elles aussi l’aéroport d’Asmara » pour faire décoller les avions qui bombardent le Tigré, ce qui en fait « une cible légitime », a déclaré Debretsion Gebremichael, accusant une nouvelle fois l’armée érythréenne d’être engagée dans des combats au sol au Tigré. »

Vers une escalade ?

Jeune Afrique s’alarme : « Ces tirs contre Asmara sont une escalade majeure dans le conflit au Tigré, un conflit dont de nombreux observateurs craignent non seulement qu’il entraîne l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (100 millions d’habitants) et mosaïque de peuples, dans une guerre communautaire incontrôlable, mais aussi qu’il déstabilise toute la région de la Corne. »

Et Jeune Afrique de rappeler que « Éthiopie et Érythrée se sont affrontées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000, à l’époque où le TPLF était tout-puissant à Addis-Abeba. Les deux pays sont restés à couteaux tirés jusqu’à ce que Abiy Ahmed devienne Premier ministre en 2018 et fasse la paix avec Asmara, ce qui lui a valu le prix Nobel en 2019. »

Vers la paix ?

Du côté des médias éthiopiens, on se veut rassurant… Ainsi pour Ethiopian Reporter, « bien que certains craignent que le pays puisse sombrer dans une guerre civile totale qui pourrait déborder dans la corne de l’Afrique, beaucoup espèrent que l’opération contre l’administration du Tigré, dirigée par le TPLF, apportera une paix durable. Quoi qu’il en soit, poursuit le bihebdomadaire éthiopien, il existe un large consensus sur le fait que le conflit doit se terminer rapidement afin de dissiper le nuage d’insécurité qui plane sur l’Éthiopie. »

Vieux démons…

Aujourd’hui au Burkina affiche a contrario son inquiétude… « En voulant mettre fin à cette sécession en lançant un corps expéditionnaire sur le Tigré, Abiy Ahmed a-t-il mesuré les conséquences d’une telle équipée ? N’a-t-il pas rallumé une mèche ? C’est bien de mater des séparatistes, mais pour le moment il a entraîné bon gré mal gré Asmara dans le conflit, puisque le TPLF accuse l’Érythrée d’être complice avec Addis. En outre, poursuit Aujourd’hui, se dessine un désastre humanitaire avec l’exode de plus de 20 000 réfugiés fuyant vers le Soudan et les autres pays voisins. Et ce n’est pas fini, s’exclame encore le quotidien burkinabè, l’effet domino risque d’enflammer une sous-région déjà en proie à des guerres à répétition comme au Soudan du Sud, et à des pays en transition comme le Soudan. Décidément, même nobélisé, Ahmed Abiy semble être un héros tragique, pointe Aujourd’hui. Il veut bien faire, malheureusement, il est toujours rattrapé par les vieux démons, par cette rivalité morbide entre Oromos et Tigréens. Pourra-t-il construire un État unifié, où cohabiteront sans histoire les deux entités ethniques ? Le cas du Tigré fera école. »

Le tribalisme confronté au défi de l’État-nation

« Cette guerre révèle une chose, remarque pour sa part Le Pays, toujours au Burkina : les Éthiopiens n’ont pas encore réussi à construire l’État-nation. Et ce défi se pose pratiquement à l’ensemble des pays africains. C’est ce mal, peut-on dire, qui peut expliquer bien des guerres civiles qui ont meurtri beaucoup de pays africains. Car, ce qui importe en Afrique, c’est d’abord la tribu et l’ethnie. Dans ce pays, en effet, on pense et on respire d’abord Amhara ou Oromo ou encore Tigréen. C’est cette triste réalité, conclut Le Pays, qui fait que l’Éthiopie est une véritable poudrière ethnique. Et à la moindre étincelle, elle peut exploser.

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