[Zoom] «Houmeubeul » d’Oussouye 2021 : Paix, cohésion et concorde au rythme de la célébration

Pendant quatre jours (03 au 06 octobre), le royaume « Boubadioum Ayi » d’Oussouye regroupant 17 villages du département a vibré au rythme de la célébration de l’édition 2021 du « Houmeubeul », nom de la fête de sa majesté Sibiloumbaye Diédhiou. Danses traditionnelles, notamment le « Ekonkone », et lutte ont été au cœur des festivités de cet évènement commémoré, cette année, sous le sceau de l’unité et la concorde nationales.

ZIGUINCHOR- C’est sous un ciel nuageux et un vent frais que nous avons débarqué ce mardi 5 octobre au cœur du Kassa, à Oussouye. Une terre ancrée dans la tradition ancestrale, réceptacle d’une royauté qui date de la fin du XVe siècle et qui se singularise par ses fétiches jalousement conservés par les sages et élevés au plus niveau de responsabilités. Oussouye, c’est aussi ce terroir qui abrite, chaque année, à la fin des cultures, la fête du roi Sibiloumbaye Diédhiou : le « Houmeubeul ». Organisé depuis l’existence du royaume, il constitue aussi des moments de prières pour implorer le Tout-Puissant de continuer d’ouvrir ses vannes afin que les cultures puissent boucler leur premier cycle.

Ce mardi, la capitale départementale du Kassa vibre donc au rythme de cette manifestation. Tous les chemins mènent vers Oussouye où se déroulent plusieurs festivités, dont la lutte traditionnelle et la danse plus connue sous le nom de « Ekonkone », sous le regard de sa majesté Sibiloumbaye Diédhiou et son homologue d’Essaout, le roi Silondébile Sambou. La séance de lutte est inter-villages. Cette fête qui réunit des milliers de villageois dépendant de la zone « Boubadioum Ayi » est également un moment de joie, d’espérance et de communion entre les peuples de cette royauté. Selon Philippe Diédhiou, membre actif de la Cour royale d’Oussouye, le fondement et le sens du « Houmeubeul » reposent sur la paix, la cohésion et la concorde. C’est pourquoi, ajoute-t-il, depuis l’annonce de ladite fête, le 19 septembre, sa majesté Sibiloumbaye a invité tout le monde à la prière. « Au moment où nous célébrons cette fête, il faut se rappeler que la création du royaume d’Oussouye n’est pas fortuite. À un certain moment, nos ancêtres se sont dit qu’il leur fallait mettre en place une institution forte pour créer les conditions de paix, d’harmonie et de concorde dans tout le royaume. C’est pour cette raison que la royauté a vu le jour à Oussouye, dans le Kassa. Donc, le roi, à la différence des autres rois du Baol, du Kayor et d’ailleurs, est un roi de paix. À Oussouye, le roi ne va jamais en guerre. Il est là pour créer les conditions de paix », confie-t-il, rappelant que l’homme fort d’Oussouye travaille également à éradiquer l’insécurité alimentaire dans toute la zone « Boubadioum Ayi » et prie tous les jours pour un Sénégal de paix et d’harmonie.

Stabilisateur social

Prenant la parole, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, a, au nom du Président de la République, Macky Sall, demandé au roi d’Oussouye de continuer à prier pour que la paix s’installe définitivement dans la verte Casamance et dans tout le pays. « Le Chef de l’État est conscient de la mission que joue le roi dans cette partie du Sénégal. Il lui demande de continuer ce rôle de stabilisateur social ou ce rôle de tisserand de la cohésion nationale. Le Président de la République sait ce que représente la fête du « Houmeubeul » », souligne Malick Sall. Pour développer la Casamance et le reste du Sénégal, le ministre de la Justice pense qu’il faut d’abord travailler à installer la paix. À chaque fête du « Houmeubeul », l’État du Sénégal apporte tout son soutien financier et matériel à la Cour royale. Cette année, le Garde des Sceaux affirme que la subvention habituelle a été doublée afin de participer à la « bonne » organisation de ce jubilé annuel cultuel et traditionnel.

Dans cette royauté où la mendicité est considérée comme un sacrilège, le roi Sibiloumbaye Diédhiou qui dispose de ses greniers remplis de riz, est tenu de subvenir aux besoins de ses administrés. Toute personne qui se trouve dans le besoin peut le souffler au roi qui, à son tour, va charger ses princes ou princesses de remplir des paniers qu’ils donnent au requérant afin que ce dernier puisse nourrir sa famille. Et tout se fait dans la discrétion, s’empresse d’ajouter Philippe Diédhiou plus connu sous le surnom de Filidié. Ce membre incontournable de la Cour royale indique également que dans le royaume d’Oussouye, la mendicité n’est pas permise. Cela, dit-il, parce que tout le monde suppose que le roi Sibiloumbaye Diédhiou peut intervenir à tout moment pour sauver la ou les familles qui traverse (ent) une situation difficile. Aussi, M. Diédhiou soutient que la fête du « Houmeubeul » permet également au roi de prier pour ces familles qui se trouvent dans des difficultés. Cette année, le thème du « Houmeubeul » a été axé sur « la paix et le développement ».

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SIBILOUMBAYE DIÉDHIOU, ROI D’OUSSOUYE

« Nous devons tous travailler à installer la paix dans ce pays »

Intronisé le 17 janvier 2000 après près de 20 ans de vacance du trône suite à la disparition du roi Sibikouyane Diabone (au trône de 1959 en 1982), sa majesté le roi Sibiloumbaye Diédhiou a fait de la paix en Casamance une de ses principales préoccupations.

Si aujourd’hui cette partie sud du Sénégal jouit d’une accalmie synonyme de paix, c’est en grande partie grâce à la médiation du roi d’Oussouye. D’ailleurs, juste après son installation, le Kassa a aussitôt basculé dans l’accalmie. Ce mardi, lors de la cérémonie officielle de la fête du « Houmeubeul », le roi Sibiloumbaye a encore demandé à tous de poursuivre ces efforts pour consolider la paix et faire en sorte que toute Casamance naturelle puisse retrouver la paix définitive tant recherchée par ses filles et fils depuis près de 40 ans. À l’approche des élections territoriales, le roi d’Oussouye a insisté sur la nécessité de préserver la cohésion nationale. Selon lui, il faut semer la paix pour la récolter. « Nous devons tous travailler à installer la paix dans ce pays. La paix en Casamance, nous y travaillons tous les jours. Nous allons vers des élections. Alors, il faut que les uns et les autres sachent que ceux qui seront élus au soir du 23 janvier le seront tout simplement par la volonté de Dieu. Car, tout vient du Tout-Puissant », rappelle Sibiloumbaye Diédhiou, par le biais d’un de ses porte-paroles, Ngoty Diédhiou.

Devant la délégation gouvernementale dirigée par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, Me Malick Sall, en compagnie de ses collègues de la Culture et de la Communication, Abdoulaye Diop et du Commerce et des Petites et moyennes entreprises, Aminata Assome Diatta, mais aussi du Secrétaire d’État aux Sénégalais de l’Extérieur, Moïse Sarr, le roi a tenu à faire comprendre aux uns et aux autres qu’au-delà de la politique, « nous sommes tous des filles et fils de cette République qui s’appelle le Sénégal ». Pour bâtir cette République, persiste-t-il, il faut consolider la paix. Sur un autre registre, il appelle également à l’engagement de la jeunesse pour « conduire ensemble ce pays vers l’émergence comme le souhaite le Chef de l’État, Macky Sall », à qui il dit toute sa gratitude.

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VALORISATION DE LA FÊTE DU ROI D’OUSSOUYE

De la nécessité d’exporter le « Houmeubeul »

Faire de la fête du roi d’Oussouye un événement national et mondial qui attire du monde à l’image du Festival international de Jazz de Saint-Louis, c’est le vœu de la structure VooNoo group qui a paraphé, avant-hier à Oussouye, avec le Comité d’organisation, une convention de partenariat.

Oussouye regorge d’énormes potentialités culturelles qui ne sont pas suffisamment exploitées, parmi lesquelles le « Houmeubeul ». Cette fête annuelle du roi d’Oussouye est connue des populations de la Casamance. Mais, au nord du pays, elle est encore méconnue. C’est pour cette raison que le Comité d’organisation du « Houmeubeul », conscient des retombées que peut générer cette fête, a décidé de signer une convention de partenariat avec VooNoo group pour vendre la destination Oussouye afin de valoriser tout son patrimoine culturel. D’après le président du Comité d’organisation du « Houmeubeul », par ailleurs chargé de communication de la Cour royale, cette fête mérite d’être mieux vulgarisée pour attirer le maximum de monde à Oussouye.

Aussi, Souleymane Diédhiou pense que c’est de cette façon qu’Oussouye va profiter de toutes les retombées du « Houmeubeul ». De son côté, le Directeur général de la société signataire précise que le « Houmeubeul » doit être, à partir de la prochaine édition, cette fête qui fera courir des milliers de personnes. « Avec le « Houmeubeul », on peut développer la culture et mettre en valeur le patrimoine touristique de la Casamance tout en respectant les traditions. Il faut que la fête du roi d’Oussouye soit courue. Pour ce faire, nous n’hésiterons pas à porter cet évènement dans les salons internationaux pour que les gens viennent en masse découvrir ce qui se passe dans cette Basse-Casamance », estime Eugène Ndiaye, soulignant l’importance de s’appuyer sur l’Agence sénégalaise de promotion touristique, l’Asepex, mais aussi l’Office du tourisme en vue de réussir ce pari.

Par Gaustin DIATTA (Correspondant)

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